|
:: Texte publié en août-septembre 2001
dans le n°5 de Montségur ::
« Je suis en politique de la passion la
plus violente »
Louis-Auguste Blanqui est né le 8 février
1805 dans la sous-préfecture de Puget-Théniers ;
son père, un révolutionnaire de 1791, député des
Alpes Maritimes, a du marquer de son empreinte
son fils. En 1815, la famille quitte la Côte
d’Azur pour un château hérité par Madame Blanqui
; le jeune Louis-Auguste est alors envoyé à
Paris chez son frère aîné où il fera ses études
de rhétorique. Lorsqu’il atteint sa 19ème année,
il rejoint la « Charbonnerie », cette société
secrète qui l’influencera toute sa vie dont les
membres (carbonaros) se placent sous le signe de
l’honneur, de la vertu et de la probité… mais
surtout de la liberté et c’est pour cette
liberté que le 21 septembre 1822, les quatre
sergents de La Rochelle seront exécutés pour
avoir conspiré contre la Restauration. Blanqui,
qui avait 17 ans à cette époque, s’était juré de
les venger donnant toute sa valeur à l’adage : «
on ne choisit pas la révolution, on est choisi
par elle ».
La rue
appartient…
En juillet 1830, il prend part au
soulèvement populaire qui balaie Charles X ; il
sera le premier à brandir un fusil sur la voie
publique et lorsque Paris sera aux mains des
insurgés il dira au sujet de Victor Hugo qu’il
déteste : « enfoncés les romantiques » !!! En
1831, il adhère aux « Amis du Peuple » et fonde
un journal militant appelé laconiquement le
Peuple. Au fil du temps, il prend de
l’assurance, qualifié par la police « d’élément
intraitable » et va se dresser contre le parti
des « boutiquiers » qui ont choisi
Louis-Philippe pour roi. En 1833, il épousera
Suzanne Aurélie Serre qui n’a que 19 ans mais
qui restera son unique amour pour la vie et qui
lui donnera un fils prénommé Estève. Il va
créer une société secrète, « la Société des
Familles » qui rassemblera jusqu’à 1200 membres.
En 1839, il fomente une première insurrection :
à la tête de 500 partisans, il s’enferme dans
l’Hôtel de Ville dans lequel il résiste pendant
deux jours ; il réussit à s’enfuir, puis est
arrêté et condamné à mort ; finalement gracié,
sa peine sera commuée en perpétuité. En 1840, il
est interné au Mont Saint-Michel ; durant sa
détention, sa femme, à peine âgée de 27 ans,
meurt ; il portera toute sa vie le deuil de
celle qu’il aura chérie autant que la
révolution. Sa santé déclinant à l’extrême,
après quatre ans et quarante jours, il est
transféré à Tours où il sera finalement gracié
par Louis-Philippe en décembre 1844.
La révolution de
1848
Il regagne Paris en 1848 après 8 ans
d’absence et se lance à corps perdu dans la
révolution : le 17 mars, il conduit une
manifestation de 100 000 personnes. Sentant la
menace de ce combattant inflexible, le pouvoir
va tenter de l’abattre par la ruse en l’accusant
via La Revue Rétrospective du 31 mars d’avoir
trahi en 1839 ses camarades révolutionnaires. A
nouveau arrêté en 1850, il est enfermé à Belle
Ile. Il sera libéré en 1859 et regagne Paris
dans le plus complet dénuement. Son fils propose
de l’héberger à condition de renier ses idées
révolutionnaires ; mais Blanqui préférant la
misère au déshonneur va poursuivre son action
révolutionnaire auprès des jeunes étudiants. En
1861, il est à nouveau emprisonné ; il s’évadera
quatre ans plus tard et passera en Belgique où
il écrira son Instruction pour une prise
d’armes, véritable manuel du combattant
révolutionnaire.
Critiques contre
l’Internationale
En septembre 1868, il assiste au congrès
de l’Internationale Socialiste qui siège à
Bruxelles à propos de laquelle il écrira : « Je
constate que l’Internationale n’apporte dans la
marche des choses aucun contingent qui lui soit
propre. L’Internationale emboîte le pas, elle
suit le mouvement en philosophie, en politique,
en socialisme. En un mot, elle est à la
remorque… » Cette attitude critique de Blanqui
ne cessera de s’amplifier. C’est le caractère
internationaliste qui lui répugne : son
socialisme à lui est nationaliste ; il prend sa
source à ce qui va se définir comme le
socialisme « français », et alors que Marx
exprime son intérêt pour Blanqui, il n’y a
aucune réciproque de la part de
celui-ci.
Le retour du « vieux
»
Le 15 août 1869, à l’occasion des fêtes
du centenaire de Napoléon 1er, Napoléon III
accorde une amnistie générale ; mais les grèves
succèdent aux grèves. Les Blanquistes accélèrent
le recrutement et l’entraînement de leurs
partisans. Le 10 janvier 1870, le cousin de
l’Empereur, Pierre Bonaparte, tue d’une balle en
plein cœur le journaliste Victor Noir. Cent
milles personnes suivent l’enterrement ; les
Blanquistes veulent déclencher l’insurrection,
mais le propre frère de Victor Noir prêche
l’apaisement. La guerre a débuté : les
défaites s’accumulent et le 12 août 1870,
Blanqui, sans passeport rentre à paris. Toute la
soirée et la nuit il tient un véritable conseil
de guerre… objectif : prendre les dépôts
d’armes. L’opération doit avoir lieu le 14 août
et Blanqui s’est fixé un objectif modeste : la
caserne des pompiers de La Vilette. A trois
heures, ils sont une centaine de partisans armés
de poignards et de baïonnettes. Blanqui est
grandiose, mais lui qui comptait sur le soutien
ouvrier doit vite déchanter ; c’est l’échec :
les conjurés doivent renoncer… Le 4 septembre
les Blanquistes avec Marchand et Granger à leur
tête déferlent sur le palais Bourbon et
proclament la déchéance de l’Empire. Le 8
octobre, à une attaque en règle du journal Le
siècle, Blanqui répondra : « le tollé universel
de la presse réactionnaire est un hommage plus
qu’un danger ». Le 31 octobre, on apprend
l’échec de la contre-offensive du Général Trochu
en direction du Bourget ; à 16h30, Gustave
Flourens improvise une liste qu’il veut
substituer au Gouvernement de la Défense
Nationale et qui comprend Blanqui. Un bataillon
de mobiles Bretons aux ordres de Trochu et de
Jules Ferry fait évacuer par surprise les
manifestants ; une fois encore, la bourgeoisie
via ses représentants renie ses engagements :
dès le lendemain, elle fait arrêter les meneurs
; Blanqui et Flourens entrent dans la
clandestinité ; on s’oriente peu à peu vers la
capitulation, Blanqui sera resté au gouvernement
environ dix heures. Le 19 janvier 1871, alors
que les Prussiens ont entamé le bombardement de
la capitale, Trochu engage la bataille de
Buzenwald dans la confusion la plus totale, avec
l’arrière-pensée de ne pas remporter la victoire
afin de pouvoir se présenter en recours (un de
plus). C’est un véritable fiasco Le 22
janvier des manifestants exaspérés, parmi
lesquels de nombreux Blanquistes, se rassemblent
devant l’Hôtel de Ville ; soudain c’est le
drame, des coups de feu éclatent ; on relèvera
cinq tués, dont un des dirigeants Blanquistes,
l’ancien sous-lieutenant de la Légion Etrangère
Théodore Sapia. Paris résigné voit les
capitulards signer l’armistice et les élections
du 8 février enverront à Bordeaux une Assemblée
de conservateurs. Blanqui lui-même sera battu ;
il décide alors de rejoindre sa sœur dans le
Lot. Condamné à mort pour les évènements du 31
octobre, il est arrêté le 17 mars, au
moment-même où débute l’insurrection populaire
de la Commune qui, ironie de l’histoire, se
déroulera sans lui. Pour répondre aux exactions
des Versaillais les insurgés ont pris Deguerry,
curé de la Madeline, et Monseigneur Darbois,
archevêque de Paris. A plusieurs reprises les
Communards vont tenter d’échanger Blanqui contre
les otages, mais Thiers machiavélique refusera
la libération de Blanqui, prenant ainsi la
responsabilité de la mort des otages. Le 22
septembre 1870, Blanqui sera condamné à une
lourde peine d’emprisonnement qu’il effectuera
durant cinq longues années à la prison de
Clairvaux. Pour tenter d’obtenir sa grâce,
Clemenceau interviendra en ces termes à
l’Assemblée Nationale : « Lorsqu’un homme
sacrifie sa vie tout entière à un idéal qu’il
considère comme un idéal de justice, cet idéal
fut-il chimérique ; lorsqu’il paye ses
convictions, justes ou fauses de près de
quarante années de prison, qui de nous
contestera que cet homme est érpis d’une noble
chimère, si chimère il y a ? » Il ne jouira que
peu de temps de sa liberté retrouvée ; il
s’éteint le 1er janvier 1881 à l’âge de 76 ans.
Pendant trois jours, les foules se presseront
pour saluer sa dépouille. Il sera enterré au
Père Lachaise le 5 janvier, en ce lieu où la
Commune aura tiré ces dernières
cartouches.
Luc Montcalm
<<
Voir tous les documents
|